Porosité des cheveux : la tester et adapter vos soins

La porosité des cheveux mesure la capacité de la fibre à laisser entrer et sortir l’eau. Elle dépend de l’état de la cuticule, cette couche d’écailles qui enveloppe le cheveu. Écailles serrées : faible porosité, l’eau pénètre lentement. Écailles soulevées : forte porosité, l’eau entre vite et repart aussi vite.
Ce paramètre décide de tout le reste : le temps de séchage, la tenue d’un soin, la réussite d’une coloration, la durée d’un lissage. Deux personnes aux cheveux identiques en apparence réagiront de façon opposée au même masque, parce que leur cuticule ne s’ouvre pas de la même manière.
Ce que la porosité des cheveux mesure vraiment
La porosité capillaire n’est pas une qualité ni un défaut. C’est une propriété physique : la perméabilité de l’enveloppe du cheveu. Comprendre cette enveloppe évite les erreurs de routine les plus coûteuses.
La cuticule, un toit d’écailles superposées
Le cheveu s’organise en trois zones concentriques. Au centre, la moelle. Autour, le cortex, qui contient la kératine structurale et les pigments. En surface, la cuticule : une superposition d’écailles kératinisées qui se recouvrent comme les ardoises d’un toit.
Selon la revue International Journal of Trichology, dans sa synthèse de 2015 sur les cosmétiques capillaires, cette cuticule compte 5 à 10 couches d’écailles selon les origines ethniques, et représente environ 10 % du poids total du cheveu. Un cheveu asiatique affiche souvent 6 à 8 couches, un cheveu africain moins.
Chaque écaille est elle-même stratifiée. La couche A, la plus externe, dépasse 30 % molaire de cystine : ce taux de ponts disulfure explique sa rigidité et sa résistance. L’endocuticule, la plus interne, plafonne à 3 % de cystine. Elle est faiblement réticulée, et c’est la seule couche de la cuticule qui gonfle au contact de l’eau.
Cette asymétrie a une conséquence pratique directe. Un cheveu non traité absorbe 20 à 30 % de son poids en eau, toujours selon la même synthèse. Le diamètre de la fibre peut fluctuer de 15 à 20 % au fil des cycles mouillage-séchage répétés lorsque rien ne protège la surface. Le va-et-vient mécanique de ce gonflement fatigue les écailles, séance après séance.
Le film 18-MEA, la barrière que personne ne voit
Au-dessus des écailles se trouve une couche lipidique d’un nanomètre d’épaisseur, greffée chimiquement à la surface. Elle porte un nom d’ingénieur : l’acide 18-méthyleicosanoïque, abrégé en 18-MEA, aussi appelé couche F.
Ce film rend le cheveu naturellement hydrophobe. Il repousse l’eau, réduit les frottements entre les mèches et donne ce toucher glissant d’une chevelure saine. La revue Cosmetics, dans une étude de 2019 consacrée à la dégradation de la surface du cheveu, montre que la décoloration seule ne suffit pas à détruire complètement ce caractère hydrophobe : l’usure des shampoings répétés doit s’y ajouter pour que la surface bascule vraiment.
Le point décisif : ce film hydrophobe fait flotter un cheveu indépendamment de sa porosité réelle. Retenez cette phrase, elle démonte le test le plus populaire d’Internet.

Ce qui rend un cheveu poreux
Personne ne naît avec des cheveux poreux sur toute leur longueur. La porosité s’acquiert, se cumule et progresse de la racine vers la pointe. Les pointes d’une chevelure longue ont subi des années d’agressions que les racines ignorent encore.
Les procédés chimiques, cause numéro un
Une décoloration, une coloration d’oxydation ou un défrisage travaillent en milieu alcalin. Ce pH élevé soulève les écailles pour laisser entrer les actifs. Il oxyde aussi la cystine en acide cystéique, ce qui rompt les ponts disulfure et affaiblit la cohésion de la kératine.
Les dégâts se cumulent selon une logique simple :
- Décoloration : ouverture maximale de la cuticule, perte partielle du film 18-MEA
- Coloration permanente : alcalinité modérée, écailles soulevées à chaque application
- Lissages chimiques : défrisage compris, rupture volontaire de liaisons internes
- Permanente : réduction puis réoxydation des ponts disulfure
- Shampoings agressifs répétés : érosion lente de la couche lipidique de surface
Le cheveu concerné passe alors en forte porosité de façon irréversible. Aucun soin ne reconstruit une écaille arrachée. Les protéines et les silicones comblent, lissent, masquent : elles ne rebâtissent pas.
La chaleur, les frottements, le soleil
Le fer à lisser, le sèche-cheveux collé au crâne et le brossage sur cheveux mouillés soulèvent mécaniquement les écailles. Les rayons ultraviolets oxydent eux aussi la cystine en acide cystéique, ce qui décolore et fragilise la fibre en même temps.
Le frottement pèse plus lourd que sa réputation : taie d’oreiller en coton, serviette éponge frottée vigoureusement, élastique serré au même endroit. Chacun de ces gestes arrache un peu de surface. Une protection thermique appliquée avant le fer limite la part thermique de ce cumul, mais elle ne compense pas un brossage brutal.
La part génétique et l’âge
Certaines fibres naissent avec des écailles naturellement plus espacées. Les cheveux crépus et très bouclés présentent souvent une cuticule moins compacte aux points de courbure, là où l’écaille se soulève par géométrie pure. Ce n’est pas un dommage, c’est une architecture.
L’âge joue également : la production de sébum baisse, le film hydrolipidique se raréfie sur les longueurs, et la fibre retient moins bien l’eau. Un cuir chevelu dont vous surveillez les signaux reste la meilleure base pour une repousse de qualité.
Pourquoi le test du verre d’eau ne prouve rien
Le protocole est connu : un cheveu propre déposé à la surface d’un verre d’eau. Il coule vite, vos cheveux seraient poreux. Il flotte, ils seraient peu poreux. Ce test a explosé sur Internet vers 2014, porté par une vidéo virale, et il circule depuis sans jamais avoir été vérifié.
Le problème ? Il confond trois grandeurs physiques distinctes : la tension superficielle de l’eau, les résidus déposés sur la fibre et la densité du cheveu. La perméabilité de la cuticule n’est aucune des trois. La chimiste cosmétique Michelle Wong, autrice du blog scientifique Lab Muffin Beauty Science, souligne que ces tests évaluent au mieux l’état de surface, pas ce qui traverse réellement l’enveloppe.
Le film 18-MEA achève la démonstration. Une fibre intacte flotte parce qu’elle est hydrophobe en surface, indépendamment de ce que sa cuticule laisse passer en profondeur. Un cheveu lavé la veille avec un shampoing clarifiant coulera, le même cheveu enduit d’un sérum flottera. La Société de chimie cosmétique de New York classe d’ailleurs le test du verre d’eau et le test de vaporisation parmi les évaluations qualitatives, jamais parmi les mesures précises.
Le verdict : gardez ce test comme une curiosité de salle de bain. Ne construisez pas une routine dessus.

Les signaux fiables pour situer votre porosité
Aucune méthode maison ne remplace un microscope électronique à balayage, seul outil qui montre l’ouverture réelle des écailles. Mais un faisceau d’indices convergents suffit largement pour orienter une routine. Croisez-en au moins trois.
Le temps de mouillage et le temps de séchage
Sous la douche, comptez le temps que met votre chevelure à être vraiment trempée. Une fibre peu poreuse résiste : l’eau perle, glisse, et vous devez insister. Une fibre très poreuse est saturée en quelques secondes.
Le séchage raconte l’histoire inverse. Des cheveux qui mettent des heures à sécher retiennent l’eau derrière des écailles serrées : faible porosité. Des cheveux secs en un rien de temps, souvent rêches à l’arrivée, laissent l’eau s’échapper aussi vite qu’elle est entrée : forte porosité.
Le toucher, de la pointe vers la racine
Sur cheveux propres et secs, faites glisser deux doigts le long d’une mèche, de la pointe vers la racine, à rebrousse-écaille. Trois sensations possibles :
- Toucher parfaitement lisse, presque savonneux : écailles plaquées, porosité basse
- Légère texture régulière : porosité moyenne, le cas le plus courant
- Sensation rugueuse, granuleuse, qui accroche : écailles soulevées, porosité haute
Cette lecture tactile vaut mieux qu’un verre d’eau, parce qu’elle interroge directement l’état de surface là où il se joue.
Le comportement après un soin
C’est le signal le plus parlant. Un masque riche qui reste en surface, alourdit les racines et laisse un film gras sans jamais nourrir : la cuticule ne s’ouvre pas, donc porosité faible. Un masque qui disparaît instantanément et des cheveux à nouveau secs le lendemain : la fibre absorbe tout et ne retient rien.
Ajoutez l’historique. Décoloration, balayage répété, fer quotidien, exposition prolongée au soleil et à l’eau de mer : ce vécu chimique prédit la porosité mieux que n’importe quelle astuce. Les routines pensées pour cheveux abîmés partent d’ailleurs de ce même inventaire.

Faible porosité : alléger, chauffer, clarifier
Une cuticule hermétique repousse l’eau et les actifs. Le problème n’est pas le manque de soin, c’est l’accumulation en surface. Les cheveux paraissent ternes, lourds, plats, alors qu’ils sont simplement encrassés.
Trois leviers ouvrent la fibre sans l’abîmer :
- La chaleur douce : appliquez le masque sur cheveux essorés et tièdes, sous une serviette chaude ou un bonnet, 15 à 20 minutes
- Les textures légères : laits, sérums fluides, huiles à petites molécules, jamais de beurres épais
- Le shampoing clarifiant mensuel : il retire le film de silicones et de résidus qui bloque tout le reste
Évitez les protéines en excès. Une fibre peu poreuse ne les absorbe pas : elles se déposent en croûte, rigidifient la mèche et provoquent la casse. Espacez les soins protéinés à un par mois maximum, et privilégiez l’hydratation pure entre deux.
Forte porosité : nourrir, refermer, sceller
Ici, la logique s’inverse. La fibre boit tout et ne garde rien. La stratégie tient en trois temps : reconstruire, refermer, protéger.
Le point de bascule s’appelle le point isoélectrique. Le cheveu humain le situe autour de pH 3,67 : à cette acidité, les charges s’équilibrent, la fibre se resserre et les écailles se replaquent. Un rinçage final acide, vinaigre de cidre dilué ou après-shampoing à pH bas, exploite directement cette propriété. Le cheveu retrouve du brillant en une seule application, parce que les écailles refermées réfléchissent la lumière.
La séquence qui fonctionne sur cheveux poreux :
- Soin protéiné toutes les deux à trois semaines pour recombler les brèches du cortex
- Après-shampoing acide systématique, jamais rincé à l’eau brûlante
- Corps gras en scellement final : beurre de karité, huile de ricin, sur cheveux encore humides
- Séchage à l’air ou en air froid, la chaleur rouvrant ce que vous venez de fermer
- Taie d’oreiller en satin, pour supprimer les frottements nocturnes
Attention au surdosage protéiné, l’erreur classique dans l’autre sens. Trop de kératine sur une fibre déjà rigide la rend cassante. Alternez protéines et hydratation : une semaine sur deux, pas les deux le même jour.
La coloration végétale au henné intéresse souvent les cheveux très poreux, parce qu’elle gaine la fibre au lieu de l’ouvrir. Vérifiez sa compatibilité avec vos services chimiques futurs : certains hennés composés contiennent des sels métalliques qui réagissent violemment avec un oxydant.
Porosité et services chimiques : ce qu’un salon vérifie avant de lisser
Une fibre très poreuse absorbe les actifs plus vite, plus profondément et de façon inégale. Le même produit, la même pose, et deux résultats opposés selon la porosité de départ. C’est pourquoi un professionnel sérieux commence par un test de mèche prélevée en zone discrète, jamais par le service complet.
Sur cheveux poreux, la pose se raccourcit, la concentration se réduit, la chaleur se baisse. Un lissage posé sans cette précaution laisse des longueurs cassantes et une tenue irrégulière, avec des zones mates et des zones brillantes.
La prudence vaut aussi sur les produits eux-mêmes. Le formaldéhyde figure à l’annexe II du règlement européen 1223/2009 sur les produits cosmétiques : son usage comme ingrédient est interdit dans l’Union. Tout produit fini libérant plus de 0,001 % de formaldéhyde doit afficher la mention « Libère du formaldéhyde » sur son étiquette.
Son substitut le plus répandu depuis 2013, l’acide glyoxylique, fait aujourd’hui l’objet d’une alerte sanitaire. L’Anses a reçu, en octobre 2024, quatre signalements d’insuffisance rénale aiguë survenue après un lissage à base d’acide glyoxylique. Les travaux de l’agence décrivent la formation de cristaux d’acide oxalique dans les tubules rénaux en moins de vingt-quatre heures après l’exposition. La publication de l’avis d’expertise, le 21 janvier 2025, a conduit la DGCCRF à informer largement les professionnels de la coiffure, et l’Académie nationale de médecine a relayé l’alerte auprès du grand public.
Exigez donc la liste INCI complète du produit posé sur votre tête, et un salon correctement ventilé. Un lissage entretenu selon les règles tient plus longtemps, ce qui espace les poses et réduit d’autant l’exposition.

Le réflexe à garder
La porosité n’est pas un type de cheveu gravé à la naissance : c’est un état de surface, qui évolue à chaque coloration, chaque été, chaque passage de fer. Réévaluez-la deux fois par an, et à chaque fois qu’un service chimique modifie la fibre.
Prochaine étape : sur vos trois prochains lavages, notez le temps de mouillage, le toucher à rebrousse-écaille et l’état des cheveux le lendemain d’un masque. Ces trois observations valent tous les verres d’eau du monde, et elles orientent votre routine en moins de dix jours.